Vidé...
Je suis vidé...
J'ai l'impression de me battre depuis tellement de temps, alors que je n'ai que 28 ans.
Me voilà maintenant à 10 jours... 10 jours du big bang à l'envers. Imaginez toute la création qui disparaît et ce concentre en un point...Puis la rupture...
J'ai parfois le sentiment de ne plus avoir d'énergie. Je met tout en avant, parce que la situation l'exige, il me faut être fort face aux épreuves qui arrivent. Aux séparations physiques qui s'annoncent.
28 ans. Il y a 6 ans, je n'étais qu'un jeune homme un peu gauche, un peu timide qui vivait chez son père, cherchant son chemin, à combler le vide que l'absence d'Amour avait pris au fil des années. Je ne parle pas de l'amour de mon père qui lui est sans failles depuis bien avant ma venu au monde. Non, je parle de ce que nous cherchons tous, vous comme moi...
Un beau jour, j'ai rencontré une femme de 4 ans mon aînée. Quelques échanges de paroles, de regards, de rêves. Nous n'étions pas prêt. Puis, après une correspondance éparse, nous nous sommes trouvés. Je n'ai jamais eu le moindre doute, j'étais amoureux d'elle. Comme jamais je ne l'avais été. Je suis allé vers elle, je l'ai séduite, pouvant la prendre en cobaye de toutes les idées romantiques que j'ai toujours voulu réaliser. Et elle les a comprise, elle en a été touchée. Puis nous nous sommes unis dans la plus belle parade amoureuse que j'ai jamais eu et je pense sincèrement qu'il n'y en aura jamais de plus belle.
Depuis, je me suis battue, je suis sorti de mon cocon douillé. J'ai affronté toutes les épreuves sans jamais faillir, sans jamais reculer, sans jamais baisser les bras. Nous nous sommes expatrié pour mon travail, je nous ai fourni tout le confort nécessaire pour que nous soyons le plus heureux possible. Et nous l'étions...
Un jour, elle m'a demandé en mariage. Et oui, dans notre couple tout était inversé, lorsque nous allions boire un verre, elle prenait une bière et moi un kir cassis, le barman se trompait toujours.... On s'est battu alors pour faire un mariage à notre façon, sans église, sans cérémonial, intimiste, loin de chez nous, mais on l'a fait. Le jour où l'on s'est marié, je lui dit cette phrase : "je ne me marie pas avec toi, parce que je vais faire ma vie avec toi, je me marie avec toi, parce qu'aujourd’hui j'ai envie de faire ma vie avec toi". Je trouvais ça infiniment plus réaliste et optimiste. J'avais besoin de conjurer l'idée que la signature au bas d'une feuille puisse être une preuve d'amour...
Puis on s'est battu pour le bébé. Puis pour revenir dans le nord, il a fallu que je trouve un autre boulot, puis que je refasse un prêt pour changer de voiture et revenir prendre un appartement à Lille, Tout cela a toujours réclamé un déplacement formidable d'énergie...
Puis on s'est battu pour la maison, un foyer pour notre fille. Beaucoup de barrage, de poutre en travers du chemin. Mais on est passé sur tout ça, on a eu cette maison, celle qui avait provoqué le flash. Dans laquelle on se voyait vivre...
Mais les caprices du destin sont parfois cruels et inattendu... A peine avions nous emménagé que le couperet tomba. Quelque chose n'allait plus. Une idée qui faisait irruption dans nos têtes à nous deux. Un jour de mars 2005, les mots furent lâchés. Mais comme à notre habitude nous nous étions compris sans même avoir à nous parler. Les larmes perlèrent... La chape de plomb qui entourait notre foyer tomba alors de nos épaules pour échouer sur nos coeurs...
Nous ne nous aimions plus.
Pas de bagarre, pas d'enguelade, pas de rage ou de crise de nerf. Nous étions redevenu 2 enfants perdant une fois de plus leur innocence, leur insouciance...
Bien sûr, nous avons hésité, fallait-il insisté, pour nous, pour notre fille ? Fallait-il nous battre pour sauver ce qui pouvait être sauvé ? Nous avons hésité... Réfléchi. Nous ne voulions pas précipiter notre décision. Alors nous avons attendu. Nous avons discuté souvent, longtemps. Pendant plusieurs mois nous étions au coeur, dans l'oeil du cyclone que nous avions créé tout autour de nous...
Puis vint la décision. La séparation, le divorce. D'un commun accord, comme il en a toujours été.
Nous avions soif d'autre chose, d'un vent de liberté, d'individualité retrouvé, de nous défusioner pour mieux nous retrouver. Qui étions-nous ? Qu'aimions-nous ? Est-ce que j'existe en dehors du "nous" ?
Quand on aime, on se bat. Il ne faut jamais resté pour les enfants. Il ne faut pas aller jusqu'à la haine, parce que c'est ce qu'il y a de pire pour eux...
Alors nous avons mis la maison en vente, vu un avocat qui jura grand dieu qu'il n'avait jamais vu de couple vouloir se désunir avec une telle complicité, un tel sourire. Puis la maison a été vendue. Désormais, elle a trouvé un appartement.
Le déménagement est dans 10 jours. Le compte à Rebours...
Je vais être séparé de mon ex-femme, désormais ma meilleure amie, ma meilleure épaule. De celle avec qui j'ai vécu durant ces 5 dernières années. Je ne sais plus comment vivre. Il va falloir que je réapprenne à marcher...
Je vais être séparé de ma fille, celle qui est absolument tout pour moi. Celle pour qui je donnerai ma vie. Celle dont le sourire m'importe plus que tout au monde, Celle que j'aime et que je vais aimer jusqu'à mon dernier souffle. Quoiqu'il advienne. Celle qui me met les larmes aux yeux quand d'une pensée je mesure la démesure mon Amour...
Bien sûr, je la verrai relativement souvent, chaque moment avec elle sera un trésor, un moment privilégié, un concert de coeur à l'unisson... Mais quand vous faite un enfant, c'est pour vivre avec, c'est pour le voir grandir et s'épanouir tous les jours, c'est pour lui apporter tout conseil et soutient, pour l'éduquer, pour lui donner toutes les armes qui lui permettront de trouver son bonheur et de l'apprécier à sa juste valeur. Quand vous faite un enfant, vous ne vous dites pas que deux ans après, vous ne le verrez et prendrez soin de lui que le week-end...
Dans 10 jours ma fille ne vivra plus sous mon toit. D'ailleurs dans 10 jours, je n'aurai plus de toit. Je vais retourner vivre chez mon père, l'espace de 2 ou 3 mois. Le temps de reprendre mon souffle.
Parce que tout ça mes amis, se séparer dans les meilleurs conditions et la meilleure entente possible, organiser et faire les déménagements, s'arranger pour que son enfant souffre le moins possible des changements qui s'annoncent, assumer les gouffres financiers que cela génère, retourner vivre chez son père à 28 ans, tout cela, ça demande une énergie considérable... Une bataille de tous les instants. Pas un jour sans une décision à prendre, sans quelque chose à organiser, à assumer...
Je mets tellement d'énergie devant moi pour faire face à tous ces fronts, que je me sens fragilisé. Extrêmement sensible, mes yeux craquent sur une chanson ou une simple pensée. Mon psoriasis disparaît de mon corps, et selon mon médecin, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle. Parait-il que mon corps ne somatise plus... Voyez-vous ça...
Voilà, je suis vidé. J'ai besoin de faire une longue pause. Marre de me battre sans cesse. Respirer, et dormir 3 mois de suite, voilà ce dont j'ai besoin. Entrer dans une hibernation émotive et sentimentale...
Puis, peu à peu, je vais me reconstruire une bulle à mon image, redécouvrir qui je suis, ce que je suis, et je serai de nouveau prêt à croquer la vie à pleine dent ! Tombant et me relevant, avançant, m'engageant, souriant et vigoureusement...Vivant.