5 Ame(s) chez moi.
EOLEAN
5 Ame(s) chez moi.
Enfin, le taoïsme, il m'intéresse plus sous sa forme philosophique que religieuse. Je me rapproche d'une grande partie de ses idées. Le résumé que j'en fais ici est incomplet et pour plus de détails, je vous enjoins à aller ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tao%C3%AFsme
Le taoïsme
C'est à la fois une philosophie et une religion chinoise.
Plongeant ses racines dans les profondeurs de la culture chinoise ancienne, ce courant de pensée multiforme a imprégné l'art, la philosophie et la spiritualité de l'Extrême-Orient. On en trouve des échos dans des écoles bouddhiques telles que le Chan (Zen en japonais), des variantes médicales, politiques, esthétiques, on le retrouve dans les arts martiaux et il résonne encore aujourd'hui jusqu'en Occident, en particulier avec des thèmes comme l'écologie et le développement personnel.
Ambiguïté du terme :
Contrairement au bouddhisme, il ne tire pas ses origines d’un fondateur unique et de son groupe de disciples, mais résulte de la rencontre de divers courants et pratiques. Les termes daojiao (plutôt choisi pour les écoles religieuses) et daojia (plutôt utilisé pour les philosophes), désignent des courants différents qui possèdent chacun leur nom propre. Il y aura avec le temps des influences mutuelles et des regroupements, mais jamais constitution d’un système unique.
Selon le contexte, le terme taoïsme peut donc désigner :
Tout courant religieux ou philosophique antique (shamanisme, magie, croyance aux immortels etc.) ayant influencé les premières écoles proprement taoïstes qui apparaissent sous la dynastie des Han ; cependant, leurs pratiquants ne se désignaient probablement pas eux-mêmes comme tels.
Tout ce qui, dans la religion chinoise, n’est pas considéré comme d’origine bouddhiste. Cette religion n’ayant pas de nom propre, ses fidèles peuvent se désigner indifféremment comme taoïstes, bouddhistes ou confucianistes. Le terme "taoïsme" signifie donc parfois "religion populaire".
Un courant philosophique basé sur le concept du Dao, développé par des penseurs qui n'étaient pas tous taoïstes.
Trois textes essentiels :
Son noyau le plus sûr est constitué par le « Canon taoïste », ensemble de trois livres écrits ou compilés peu de siècles avant Jésus-Christ :
Le Dao De Jing (ou Tao Te Ching, Livre de la Voie et de sa Vertu), attribué au père fondateur du courant : Lao Zi (Lao-tseu). Ce court recueil d'aphorismes obscurs et poétiques est reconnu comme l'un des textes spirituels majeurs de l'humanité.Ses très nombreuses traductions et interprétations, parfois fort divergentes, illustrent la richesse et la fluidité insaisissable de la pensée taoïste. Bien qu'il soit délicat d'énoncer avec clarté et objectivité l'enseignement de Lao Zi, la lecture du Dao De Jing permet de découvrir les principaux thèmes du taoïsme et offre une riche matière à la méditation.
Le livre du Zhuangzi, plus développé, est en partie l'œuvre directe d'un des auteurs les plus révérés de la Chine, Zhuang Zhou (Tchouang-tseu) plus couramment appelé Zhuangzi (maître Zhuang). Sous forme de fables, d'envolées métaphysiques ou de dialogues philosophiques, ce texte propose un individualisme raisonné et une vie détachée d'esthète. Ce fut le livre de chevet de nombreux artistes et sa lecture devint souvent un refuge pour des générations de fonctionnaires-lettrés (les mandarins) en butte aux difficultés de la vie sociale.
Le Vrai Classique du vide parfait, attribué à Lie Zi, est une collection d'anecdotes et de fables dont la plupart sont inspirées par le taoïsme de Zhuang Zi. On y retrouve l'intensité des débats philosophiques de l'époque.
Taoïsme religieux et philosophique :
Dans la Chine impériale, deux courants principaux se partagent l'héritage de ces écrits. Le taoïsme populaire est une forme de religion, avec ses prêtres, ses rites, son aspiration à l'immortalité de l'âme ou du corps, son bestiaire fabuleux, ses saints et ses sectes.
Concurrencé par l'arrivée du bouddhisme, il s'est renouvelé pour survivre en lui empruntant, tout comme le bouddhisme s'est fortement teinté de taoïsme en s'introduisant en Chine. Le syncrétisme chinois a permis aux « trois religions » (confucianisme, taoïsme, bouddhisme) de cohabiter, d'échanger, et aussi d'éviter la plupart du temps les guerres de religion, transformées en luttes d'influence auprès de l'empereur.
Parallèlement à la religion taoïste, un courant nommé en Occident « Taoïsme philosophique » a cherché à contre-balancer dans le cœur des lettrés l'hégémonie du confucianisme, qui fut promu très tôt orthodoxie officielle et qui a dominé la pensée chinoise jusqu'à nos jours, presque sans interruptions, parfois au détriment de la diversité.
Suivre la Voie :
Quelques images de Zhuang Zi l'éclairent commodément : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu'un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L'inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l'occupant d'une barque se fera insulter copieusement s'il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s'arrangera simplement pour l'éviter. Il convient donc d'être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n'avoir pas d'idée préconçues et le moins d'opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c'est-à-dire : librement « s'ébattre dans la Voie ».
La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l'harmonie. L'harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur (et son esprit, le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c'est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l'authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l'homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Pronant une sorte de quiétisme naturaliste (Granet), le taoïsme est un idéal d'insouciance, de spontanéïté, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques.
Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition très chinoise entre d'une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l'améliorer (les confucianistes) et, d'autre part, ceux qui considèrent qu'il est impossible et dangereux d'améliorer la société, qui n'est qu'un cadre artificiel empêchant le naturel de s'exprimer (les taoïstes). Cette dialectique est celle de l'engagement, qui divise encore les milieux littéraires dans le monde.
Plénitude du vide et autres paradoxes :
C'est le vide du moyeu qui donne son utilité à la roue, le vide dans la jarre qui donne son utilité au récipient, le vide des portes et fenêtres qui donne son utilité aux maisons, nous explique Lao Zi.
C'est la partie Yin, le fond obscur des vallées, le sexe féminin qui ont le pouvoir de créer, de multiplier les êtres. Dans ce vide qui n'est pas le vide théorique des physiciens, se trouvent en germe toutes les possibilités de l'existence. En faisant le vide en soi, les pensées limpides peuvent circuler. C'est grâce au « blanc » du papier que les traits du pinceau peuvent recréer avec grâce et sincérité des montagnes, des rivières, des arbres ou des bambous. Cette fécondité du vide est au cœur du Dao De Jing et de toute la pensée taoïste.
L'inutilité sociale, l'absence de qualités effectives qui est présence en puissance de toutes les qualités possibles, la vacuité d'un cœur libéré de tout soucis mondains, sont les aspirations les plus courantes de la voie taoïste. On peut se retirer du monde pour s'en approcher, mais ce n'est ni nécessaire ni suffisant. Pour réaliser cette libération, pour « trouver la Voie », un des moyens possible est l'utilisation des paradoxes. Ils sont très nombreux dans le Dao De Jing et frisent souvent la provocation : c'est sans sortir de chez soi qu'on connaît le monde, c'est en ne sachant pas qu'on sait, c'est quand on agit le moins que son action est la plus efficace, etc. Le but de ces paradoxes est de briser la pensée conventionnelle, de détacher des liens logiques, voire de casser les significations des mots et d'inverser leurs valeurs.
Il faut éviter de rapprocher le taoïsme philosophique du subjectivisme, car le sujet pensant (le je), loin d'être placé au centre de perspective du monde, est considéré comme une ultime contrainte faisant écran avec la Nature et la spontanéïté. Le taoïsme n'est pas non plus un relativisme intégral : seules les valeurs sociales sont rejetées comme artificielles et les valeurs propres à la vie sont recherchées, ainsi la souplesse, l'agilité, la disponibilité, la fertilité.
Le laisser-faire :
Une autre idée politique souvent mise en avant dans le Dao De Jing est celle du « laissez-faire ». Si on « laisse faire » la nature et ses dix mille êtres, ils croissent et se multiplient. Si on ne cherche pas à gouverner les hommes, ils s'auto-organisent spontanément de la meilleure façon possible.
Le « laisser-faire », au sein de l'individu, a une grande portée et le taoïsme s'attache à cultiver l'efficacité particulière qui découle de l'absence d'intentions. L'activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d'apprentissage, mais surtout après ils peuvent oublier l'objet qu'ils travaillent. Ils laissent les gestes, donc leur corps, opérer seul, sans le moteur de la volonté.
On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l'action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d'« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n'arrive au mieux qu'au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu'à des œuvres qui sentent la sueur et la colle. Voilà un des paradoxes humains des plus fertiles décelés par le taoïsme, et tout l'art chinois, ainsi que sa critique, s'en ressentent.
Un chti mot ?